L'art n'est pas épargné pas l'urgence écologique. Au dernier festival d'Angoulême, auteurs et éditeurs de BD ont eux aussi mis en avant la protection de la planète, dans un secteur très gourmand
en ressources naturelles.
Galopu sauve la terre, Touche pas à ma forêt ou encore Toxic Planet, les bandes dessinées dont l’histoire s’inspirent plus ou moins des problèmes environnementaux étaient nombreuses sur les stands du dernier festival d’Angoulême. En revanche, quand il s’agit de trouver des éditeurs quiimpriment sur papier recyclé, la tâche est beaucoup plus compliquée.
Pourtant, produire écolo est un enjeu d’importance pour le neuvième art. Car avec un tout petit plus de quarante millions de bandes dessinées vendues en France chaque année, les petites bulles sont très consommatrices de papiers et d’encres chimiques.
Dessiner pour Dénoncer
26 janvier 2008, festival international de la bande dessinée d'Angoulême. Au détour de chaque allée, dans chaque stand, chaque maison d’édition a « son » auteur étiqueté « écolo ». Première
rencontre chez Glénat où Jean-Claude Bartoll est en dédicace. L’homme est un ancien grand reporter qui, à force de constater lors de ses reportages les tensions et conflits qui découlent des
problèmes environnementaux, a décidé d’en faire une série de bandes dessinées style polars écolos. Très largement inspirée de l’actualité. T.N.O, pour Terra. Nostra. Organisation, est une O.N.G.
de protection et de défense de l'environnement dotée d'un service de renseignements mené par un ancien « barbouze » spécialiste de « coups tordus ». Sa mission : la préservation de notre planète
Terre. Dans le premier album, il est question des problèmes de l’eau, dans la bande de Gaza, où responsables palestiniens et israéliens craignent une véritable catastrophe écologique.
Dès les années 80, certains auteurs avaient fait le choix de sensibiliser à l’environnement, en amenant tout simplement le lecteur à aimer la nature, pour ensuite la respecter. C’est le cas de
Frank, qui publie la série Broussaille. Le synopsis ? « À l'époque de la mondialisation galopante et de la course effrénée au profit, puissions-nous prendre le temps de regarder, autour de soi,
ce qu'il se passe, de savourer pleinement l'harmonie qu'il peut y avoir autour de nous ! »
De plus en plus à la mode, le manga ne déroge pas au vent écolo qui souffle sur le monde des bulles. Daisuké Igarashi est l’un des premiers auteurs de manga écolo publié en France. Sa Bédé,
Petite forêt, raconte l’histoire d’Ichiko, une jeune fille qui vit au nord du Japon et passe ses journées entre expérimentations culinaires et découverte de son environnement. Une tranche de vie,
hymne à la nature.
D’autres auteurs ont clairement pris l’option d’effrayer pour faire réagir. David Ratte a publié deux tomes de sa Toxic Planet, sur du papier recyclé. La Terre est tellement polluée que tout le
monde est obligé de porter des masques à gaz en permanence. Sam vit avec une charmante jeune femme dont il n'a pas vu le visage depuis des années. Mais, il trouve ça normal, comme tout le monde
d’ailleurs, sauf Tran, l’un des derniers écolos encore en vie.
Pour récompenser tous ces auteurs cultivant notre fibre écologique, les verts remettent chaque année un « prix tournesol ».Depuis 11 ans, en marge du palmarès officiel du festival d’Angoulême, il
récompense un album considéré comme le plus sensible aux problématiques écologiques. Cette année, c’est Léo qui a été primé, pour le cinquième tome de sa série Bételgeuse. « Nous avons voulu
récompenser un auteur engagé depuis plusieurs années dans la protection de l’environnement. Dans tous ses albums, on sent son amour pour la nature, pour les animaux. Cet album a fait consensus au
sein du jury », explique Yves Frémion, conseiller régional Vert d’Ile de France et secrétaire du prix. Bételgeuse raconte l’histoire de Kim et ses compagnons d’infortune, qui ont survécu à une
tempête abrités dans un canyon. Un matin, Kim va faire la découverte d’un homme d’origine extra-terrestre d’une grande intelligence, qui va lui apprendre les secrets cachés de la planète
Bételgeuse, et pourquoi il faut la protéger.
Fabrication et savoir-vert
On l’aura compris, les auteurs de bandes dessinées participent depuis environ une trentaine d’années à la prise de conscience collective des problèmes que rencontre notre planète. Mais certains vont encore plus loin, en publiant leurs albums de manière écologique, autrement dit sur du papier recyclé et avec des encres végétales. C’est par exemple le cas d’une association de Franche-Comté qui vient de publier un album entièrement « éco-conçu », intutilée Le secret d'Amaterasu. Les 47 pages de l’ouvrage sont imprimées en France, avec des encres végétales,sur papier recyclé issu de forêts gérées durablement. Une production difficile puisque le papier recyclé est souvent de mauvaise qualité, pigmenté, voir tâché. Mais depuis quelques années, de nouvelles méthodes de production écologique sont apparues.
Frédéric Arnoulet, membre de l'AJENA
Coup double, puisque l’histoire traite également de l’écologie. Kywal est un petit lutin, qui vit au milieu de la verdure. Mais son milieu naturel est menacé par un mal invisible qui épuise les
ressources. Kywal est désigné pour partir à la recherche de l’origine de ce mal.
Car la production écologique est un vrai enjeu pour la bande dessinée. Certains gros éditeurs se sont essayés à l’ « éco-conception » de façon ponctuelle, mais la vraie difficulté aujourd’hui, c’est de produire àgrande échelle sur papier recyclé. Dargaud a fait un effort, lors de la sortie du dernier Boule et Bill. En partenariat avec le WWF, les 300 000 albums racontant le quotidien du couple chien-garçon le plus célèbre de la planète ont été imprimés sur papier recyclé. Une production écologique sur la forme, mais également sur le fond puisqu’elle compile les gags les plus écologiquement corrects des deux personnages. Le problème, c’est que cette initiative reste difficile à généraliser, d’autant plus que le prix de vente ne déroge pas à la règle du « plus écolo = plus cher ».
Philippe Ostermann, directeur éditorial chez Dargaud:
Laetitia Lehmann, directrice de collection chez Castermann:
Quoi qu’il en soit, trop peu d’albums sont encore « éco-conçus ».Le défi pour la Bande Dessinée reste énorme. Car de plus en plus d’éditeurs délocalisent leurs productions vers les pays à faibles
coûts de main d’œuvre, comme la Chine par exemple. Quand on connaît les préoccupations environnementales de ces pays, le neuvième art semble loin d’avoir terminé sa mutation écologique.